Emma Part 1: Egarements

Longtemps, il m’est arrivé d’égarer des objets. Clés de voiture, porte-feuille, agenda, sac à main, chemisier, jeans préféré,… Rien d’extraordinaire à cela, me direz vous, sauf que ceux-ci réapparaissaient la plupart du temps comme par enchantement lorsque je me les représentais mentalement, de toutes mes forces.

Prostrée dans le salon, le visage enfoui dans la paume de mes mains, je comptais à rebours de vingt à zéro en me les figurant dans le moindre détail et ils m’étaient restitués sur le pas de la porte, accompagnés le plus souvent de fleurs fraîchement coupées, de coeurs en chocolat, d’un poème manuscrit ou à de plus rares occasions, d’objets plus onéreux: boucles d’oreilles en argent, bracelets multicolores et autres babioles ridicules que j’emmagasinais dans un tiroir comme autant de victuailles inutiles.

Le phénomène se produisit pour la toute première fois quelques semaines seulement après avoir emménagé dans mon havre de paix, un chalet coupé de toute civilisation dans lequel j’avais décidé de m’installer seule contre l’avis de quelques proches en vue de m’adonner enfin à ma passion première: l’écriture. A peine avais-je déballé mon dernier carton que ma bague fétiche me faisait défaut. J’étais certaine pourtant de l’avoir conservée à l’annulaire ! La valeur sentimentale que je lui accordais était telle que jamais je ne l’ôtais, ni sous la douche, ni même sous la couette. Pourtant elle avait disparu, quasiment entre deux clignement d’yeux.

Bien évidemment, de telles divagations n’étaient pas concevables ! Au lieux de délirer, mieux valait la rechercher sans attendre !

Au bout de plusieurs heures de fouilles infructueuses, j’étais tout simplement hors de moi, incapable de procéder autrement qu’en retournant rageusement le chalet de font en comble, jusqu’à l’épuisement total. A la tombée de la nuit, je n’étais pas fière du résultat : j’allais devoir dès le lendemain remettre toutes mes affaires en ordre et accepter l’inacceptable: la perte de cette bague si chère à mon coeur.

Quelle ne fut donc pas ma surprise à mon réveil aux aurores de la voir se balancer au gré du vent à l’extérieur du chalet, attachée à un fil de soie scotché à la porte vitrée de ma cuisine! Cette découverte me fit lâcher un cri de stupeur et d’effroi.

Avais-je un admirateur secret? Le chalet était-il hanté, habité par une quelconque présence malveillante? Bien sûr que non, un tel raisonnement était ridicule! Il devait y avoir une explication toute rationnelle à tout ceci et j’allais la trouver !

Mais puisque je suis là à vous écrire, inutile de vous préciser qu’au fil des ans, il n’en fut rien. Le phénomène se manifesta à fréquences régulières, s’accentuant en périodes estivales, sans que jamais je n’y comprenne quoi que ce soit. Je ne tombai jamais sur l’once d’un esprit moqueur ni ne vis l’ombre d’un quelconque admirateur.

La vérité était ailleurs, plus sombre et maléfique. A mille lieues de me douter du mal qui m’enlaçait, je lâchai donc l’affaire et m’en accommodai, jusqu’au jour où se produisit l’impensable…

A SUIVRE