Douce Clara

Vous là bas, qui marchez dans l’allée
Vous m’entendez ? M’entendez-vous ?

Je sens votre présence, je reconnais vos pas.
J’imagine votre souffle, votre peau certes douce.
Que faites-vous ici, vous qui avez la vie?

J’entends battre votre cœur, encore il vous meurtrit.
Sachez douce Clara que vos larmes sont vaines
Il est déjà parti, cet homme que vous aimiez

Oui il vous a quittée pour aller « tout là haut »
Comme disent ceux qui ne savent pas que l’on ne monte pas !

Au mieux on vous descend dans une fosse béante
D’où vous avez loisir d’observer à souhait
Les louanges de vos obsèques.

Lui n’a pas attendu la fin des funérailles
Et n’a pas entendu les maux de vos entrailles.
Peut être mesurait-il le vide de sa présence?
Peut être pensait-il n’y pouvoir rien changer…

Vous là bas, si seule et éprouvée
Vous me sentez ? Me sentez-vous ?

L’amour s’en est allé non sans vous embrasser
Rejoindre l’immensité qui nous appelle tous
Et sans se retourner, il s’y est engouffré.

Moi je n’ai pu risque à m’y aventurer
Non je n’ai pas voulu !

Alors je suis resté planté dans cette allée
Puis d’années en années, ma tendre m’a délaissé
Ne venant presque plus, puis elle m’a oublié
Et a refait sa vie.

Je ne lui en veux point, elle n’a jamais compris
Que je n’étais pas loin, qu’elle me manquait aussi !
On n’en menait pas large, elle et son cœur meurtri
Moi et mon corps sans vie…

Vous là bas, perdue dans vos pensées
Vous comprenez ? Comprenez-vous ?

Si vous saviez seulement, si vous saviez Clara
Qu’une seule obstination tous les deux nous avons
Elle nous retient ici, plantés dans cette allée.

Le démon de l’amour est plus fort que la mort
Car il hante nos jours et au détours des nuits
D’un coup il ressurgit !

Alors que mon corps gît, que le votre survit
Que mon âme erre ici, que la votre est meurtrie

Douce Clara, m’entendez-vous ?
Me sentez-vous ? Comprenez-vous ?
Clara ma douce, je compatis.