L’idée

L’idée surgit sans crier gare. Puissante, brute et sauvage, elle bondit de nulle part, se rue sur vous toutes griffes dehors et vous somme de la suivre dans ses méandres sans délai. Quoique vous fassiez au moment où elle daigne vous rendre visite, l’insolente se veut exclusive et exige que vous stoppiez toute activité pour ne vous consacrer qu’à elle seule, vous lui devez bien ça !

L’idée est singulière, fragile et capricieuse. Sur son passage, elle transforme vos tâches quotidiennes en banales besognes que vous serez à même, dit-elle, d’achever une fois qu’elle vous aura délogé de votre médiocrité.

Cette peste est fulgurante ! Du simple revers de la main, elle sème le trouble sur son passage. Vous n’êtes plus tout à fait le même et pas à même de lui résister. Vous êtes un pion, un émetteur qu’elle asservit. En élève assidu, vous vous torturez l’esprit pour demeurer crédible. la tâche est assidue, il va s’en dire !

Mais vous vous accrochez.  Dans ses méandres, vous passez jours et nuits à vous mutiler l’esprit. Vous êtes bientôt esseulé, lessivé. Elle vous a métamorphosé, devient votre unique obsession lorsque soudain, l’évidence surgit !

Frappé par cette soudaine lucidité, vous rassemblez vos esprits pour vous remettre aussitôt à écrire, il ne faudrait pas que cette chimère vous échappe.

Au fil des pages noircies, vous vous sentez pousser des ailes mais faites le vide autours de vous. Vous perdez toute notion de temps, d’espace et de mesure. Votre vie personnelle n’existe plus, vous n’avez plus de temps, d’amant, d’ami, de vie, mais au final, avez résolu un défi : écrire !

Vous n’aurez pas fait tout ce chemin pour rien, vous souffle-t-elle devant vos yeux rougis.

Peut être, précise-t-elle, sortirez-vous grandi de ce périple qu’elle vous expose, peut être son souffle vous incitera-t-il à méditer sur votre sort, peut-être trouverez-vous enfin quelques réponses à votre condition.