Obsession assassine

Elle se tenait là devant moi, à quelques centimètres à peine de ma bouche de laquelle aucun son ne sortait bien qu’un univers de pensées se bouscule dans ma tête et m’arrache toute raison.

Ma belle, je suis venu à toi. Cela fait si longtemps que je pense à toi, à nous.
Pourquoi ne m’as-tu jamais accordé la moindre attention jusqu’à ce soir?

Le temps semblait s’être figé.

Je t’ai aimée dès le premier regard, imaginant ce face à face plus d’un millier de fois sans jamais avoir le courage de te déclarer ma flamme. Viens ma douce, approche.

Je déposais ma vie entière entre ses mains lorsqu’enfin son regard se planta dans le mien.

Je sens que tu me dévisages ma belle, enfin tu me discernes ! Mais sais-tu seulement qui je suis ? Si j’en avais l’audace, je t’avouerais en face être celui qui veillait en silence pour qu’aucun quémandeur ne t’approche. Je n’ai de cesse de présumer qu’ils en voulaient à ton joli physique alors que ton être subtile, toi si fragile, ton visage triste, outrepassaient chacune de leurs pensées immondes. N’était-ce pas, ma belle, une preuve d’amour irréfutable que de te donner sans compter?

Elle recula d’un pas, d’un pas encore, l’air affolée.

Non ma belle, ne fais pas ça, nous ne sommes que tous les deux ! Les autres femmes me semblent fades puisque je t’aime à en crever !

Je m’avançai vers elle lorsque sa voix fluette se fit entendre.

« Je vous en supplie, non ! »

Pourquoi ma belle, pourquoi ce non ? Je t’offre mon amour, te donnerais ma vie si tu te faisais mienne. Ose approcher sans crainte et je saurai t’offrir tout ce que tu ne soupçonnes.

En une fraction de seconde, mon être tout entier fut parcouru d’un frisson d’aversion lorsque mon cœur implosa sous ses cris.

« A l’aide !!! ».

Ma belle, non… Nous n’avons pas eu l’occasion de nous connaître mieux…Tu m’as à peine regardé…Nous ne nous sommes même pas embrassés…

Ensuite, tout s’est déroulé si vite, rien n’était calculé d’avance. Nous aurions pu nous enlacer, nous embrasser, nous contempler d’avantage mais elle ne m’a laissé d’autre choix que de serrer de toutes mes forces le manche du poignard que je tenais jusque là mollement dans ma main droite et de le lui enfoncer dans la poitrine. Une fraction de seconde suffit à faire basculer nos deux vies. Je la maintins tout contre moi, mon regard plongé dans le sien. Dans ses yeux je lisais la surprise, la peur et l’incompréhension. J’étais enfin son dieu, son maître ! Je ne pouvais plus l’entendre me repousser, il fallait qu’elle se fasse mienne, je n’avais d’autre issue que de la faire taire, taire, taire, taire, taire…

Lorsque son corps fut inerte, j’allongeai sa dépouille sur le sol et lui posai un baiser sur le front.

Tu sembles si paisible, ma douce.

Je restai allongé à ses côtés, mon cœur délivré de cette rancœur qu’elle avait éveillé en moi puis l’évidence me frappa, plus sournoise que jamais : ma belle, j’y penserais à jamais ! Je le su en observant ses yeux à présent vides qui contemplaient le tout, le rien. Plus jamais je n’y devinerais la joie ni la colère, l’envie ni le dégoût, l’excitation ni l’abandon. Mon obsession avait un nom : Anna.

Ma vie pour toi, Anna.

Celle que je voulais posséder m’avait dépossédé de tout. J’allais mourir pour elle, comme elle, d’un coup de poignard dans le cœur, sa main serrée dans la mienne, nos mains posées sur ma poitrine.

Ma vie pour toi, Anna ! L’éternité nous est offerte pour que tu me pardonnes, pour que je te console.